13/10/2007

BIERES "TRIPLE" (I)

Inauguration d'un cycle de dégustation comparative de bières de même type. En première, petite compétition entre bières "triple" 33cc (on fera les 75 cc après;-). Une série de 6, nombre idéal pour que cet exercice ne se transforme pas en marathon indigeste. Ceux qui font plus sont des prétentieux, des menteurs ou des naïfs, même après 36 bières on goûte toujours quelque chose;-).

Les "Triple", un terme qui remonte suffisament loin que pour en embrouiller la signification. Si je regarde les caractéristiques actuelles, nous avons des bières plutôt blondes, des degrés alcooliques assez élevés (supérieurs à 8), et elles sont refermentées en bouteilles. Deux origines se dégagent. la première, liée au degré d'alcool. qui pourrait correspondre à une "triple" dose de malt au brassage. La deuxième, liée à la fermentation. Nous connaissons le fermentation principale, qui transforme les sucres en alcool, la secondaire qui "dans le temps" était destinée à saturer la bière en CO2, et enfin la troisième fermentation, ou refermentation, qui se fait encore pour certaines bières, en bouteille. La deuxième est la plus souvent évoquée, j'ai lu la première sur le net, mais cela ne me satisfait toujours pas. D'ailleurs j'aurais juste une petite question??? Pourquoi toutes les triples sont-elles blondes, et de vraies blondes? D'un point de vue technique, il est tout aussi aisé de faire une bière forte refermentée en bouteille et brune, alors?

D'autres sources affirment que l'origine est plus récente et que la plus ancienne des trappistes, la Triple Westmalle, aurait engendré une série de "me too", de copies plus ou moins bien inspirées ... à suivre.

Nous avons sélectionné dans un magasin Champion, toutes le bières mentionnant le mot Triple (apparemment incontrôlé) en 33 cc. Ces bières ont été dégustées à l'aveugle dans de grands verres de type INAO. Ils permettent d'avoir une impression sur la mousse, mais rassemblent surtout les arômes comme le font certains verres à bière de dégustation. Or ce sont bien ici des bières de dégustation, de 8 à 11 % d'alcool,ce n'est pas uniquement pour se rafraîchir, c'est aussi pour déguster, pour se laisser transporter par les arômes et les saveurs et pourquoi pas, pour participer à une belle odyssée. Trève de commentaires, place aux commentaires ... de dégustation;-) . Les bières sont dégustées à l'aveugle, mais le casting est connu et les robes visibles. Je mentionne entre parenthèses, le code de péremption, pour la tracabilité.

triple1

1. Chimay Triple, 8% alcool (2010, L07,419)

La robe rappelle presque une "ale" et elle est trouble, une belle robe automnale. Le nez est nettement sur les agrumes, le houblon, le malt et la mie de pain. La première gorgée tapisse le palais, c'est moelleux et doté d'une solide amertume. Celle-ci se prolonge agréablement en finale avec un peu de réglisse, mais beaucoup de fraîcheur. Une très belle bière de dégustation, mais qui peut aussi étancher la soif en raison de sa fraîcheur. (91/100)

2. Grimbergen Triple, 9% alcool (28/11/2008 L1659 11:44)

Robe légèrement dorée et opalescente. Nez sur l'alcool, les céréales, le sucre candi un peu caramélisé et l'abricot. C'est une bière sucrée, très peu amère, assez courte en bouche et dont l'alcool ressort un peu trop. Elle dénote dans la série par une acidité nette et originale qui est la bienvenue pour assumer cette sucrosité. Si la bière est refermentée en bouteilles, je serais curieux de savoir d'ou provient cette sensation sucrée....Pas ma tasse de thé, mais on doit lui reconnaître une originalité certaine, elle peut plaire. (76/100)

3. Karmeliet Triple, 8,1% (02/09/09)

Légèrement opalescente et assez dorée. Nez intéressant de pommes mures qui n'est pas sans rappeller le cidre. Mais il est plus complexe avec ses notes d'agrumes, d'abricot, de gingembre, de cardamome, voire d'eucalyptus. Beaucoup de fruit en bouche, un peu de vanille, très moelleuse, mais elle développe aussi une sensation pâteuse qui peut être écoeurante. Finale moyenne sur les céréales et la réglisse, mais l'alcool domine un peu trop à mon goût. A boire très frais! (74/100)

4. Kasteel Triple, 11% (07/2000)

C'est la bière la moins colorée et la plus brillante, à peine opalescente; même le fond de la bouteille ne semble pas contenir beaucoup de levures. Au premier nez hélas, du beurre rance, un peu de réglisse, mais trop de beurre rance (diacetyle?, infection?). La bière n'est pas dégustable et ne sera pas notée. (-/100)

5. Leffe Triple, 8,50 % (13/4/09 - 022105903)

J'apprécie généralement cette bière, sorte de version un peu plus amère du grand cru d'Hoegaarden. Mais ici, le nez est déviant, sur la vieille confiture de fruits rouges, le végétal composté, le pipi de chat et la sueur. En bouche c'est pire, goût de papier, de carton, la bière est manifestement bien oxydée.... Elle ne peut être notée. (-/100)

6. Westmalle Triple, 9,5% (13/8/09 - 2 04 25 99)

Bon, celle-là, difficile de ne pas la reconnaître à l'aveugle. Plus qu'opalescente, de couleur dorée intense, ses arômes bien connus sont là, pour vous séduire. Houblon, agrumes, fruits jaunes bien mûrs, végétal agréable, et puis c'est le feu d'artifice à la première gorgée. L'amertume maîtrise la puissance de cette bière forte, mais dont l'alcool est tout à fait intégré. La finale est longue, et ne s'arrête qu'à la gorgée suivante... (94/100)

triple2

En conclusion, les deux trappistes sont au sommet qualitatif; elles affichent fièrement leur talent, maîtrise et rigueur brassicoles, sans concession aux modes actuelles. Elles sont l'honneur de nos bières belges. La Grimbergen et la Karmeliet ne sont pas dénuées de qualité, mais un peu trop "tendance" sans doute. Si je comprends qu'elles plaisent, un peu d'équilibre serait le bienvenu. Enfin, la Leffe et la Kasteel étaient nettement déviantes, imbuvables. Souhaitons qu'il ne s'agisse là que d'une exception, je les redégusterai!

triple3

On le voit sur la photo ci-dessus, alors que le fond a été rajouté, juste un petit voile pour la Kasteel Triple (à gauche), alors que la Chimay Triple est très très trouble en raison de la présence du sédiment de levure

Commentaires

A chaque bière, son verre ?? Bonsoir,
Ce petit message ressemble plus à une question qu'à un commentaire, mais bon !!
Même si j'apprécie énormément certaines bières (leffe radieuse,triple de Karmeliet,Duchesse de Bourgogne,etc je voudrais savoir si le type de verre a autant d'importance dans le monde de la bière que dans celui du vin ?
Je m'explique. Je cuisine beaucoup à la bière. Par exemple, je fais une poire cuite farcie avec un fromage de Herve, et cette poire est surmontée d'une meringue à la bière d'Orval, le coulis accompagnant est également à base de bière d'Orval. Evidemment, j'ai servi la même bière à cela près que je l'ai servie dans une flûte à champagne (j'imagine que cela peut choquer !) (mais une bouteille aurait été trop !)Ma question est simple, ai je perdu beaucoup en saveur en n'utilisant pas le verre adéquat ?
A part cela, bravo, j'aime ce genre de blog où on apprend quelquechose !
Bien amicalement (et j'espère ne pas vous avoir choqué !)
Philou

Écrit par : Philou | 14/12/2007

verres C'est une question intéressante qui a d'ailleurs fait l'objet d'une publication scientifique il y a une bonne dizaine d'années si mes souvenirs sont bons. Je vais essayer de faire court. Première remarque, vous voyez que j'utilise pour la dégustation des verres de type INAO, comme pour le vin. En effet, pour libérer les volatils, et si possible de manière quelque peu reproductible, rien de tel que ce type de forme qui permet d'agiter le verre et de les concentrer. De plus si l'on compare au vin, la bière a le désavantage de présenter un col de mousse qui empêche les arômes de s'exprimer, et il est d'autant plus nécessaire d'agiter un peu. Comme pour le vin, le verre a donc bien un effet sur le "nez" de la bière, mais les verres à bière de formes très différentes ne sont pas tous idéaux pour cette expression. Je ne suis d'ailleurs pas persuadé que le verre à Orval est celui qui met le mieux en valeur les parfums de la bière, et je ne suis donc pas choqué par votre initiative, qui a aussi le mérite de l'esthétisme. Mais, tout comme la flûte n'est pas non plus l'idéal pour la dégustation du champagne, j'aurais conseillé un verre à vin élancé mais un peu renflé qui aurait permis d'agiter un peu la bière pour apprécier notamment les arômes de houblonnage à cru de l'Orval. Voilà, c'est juste mon avis, je suis par contre très curieux de tester votre recette et de déguster cette association qui devait être une réussite.
Bien à vous, et au plaisir de vous lire!

Écrit par : Laurent | 23/12/2007

Chimay Triple Moi je préfèré le Chimay Triple
de cette liste ici.
C'est une bieré Trappiste trés unique.
Houblon est bien dosée.
Geroen.
dégustateur des Bieres Belges.

Écrit par : Geroen | 12/09/2009

Les commentaires sont fermés.