23/12/2007

BIERES de NOEL (I)

Pour terminer l’année, je vais vous faire une petite revue non exhaustive de bières bien de saison, les bières de Noël . Car Noël, c’est déjà demain! Autant on imagine les bières de printemps, simples, gouleyantes, croquantes, prêtes à étancher la soif des premiers travaux des champs ; autant les bières de Noël sont, dans mon esprit tout au moins, intensément aromatiques, complexes, avec de la mâche et de la longueur . De vraies bières de dégustation, à savourer, en fin de repas, de Noël ou autre, au coin du feu !

Ce sont des bières traditionnelles, car leur origine remonte à des pratiques anciennes ; début XXème, XIX ème, ou du Moyen-Âge, les avis diffèrent. Il est possible qu'elles datent aussi du temps où le dicton « En été brasse qui peut, en hiver brasse qui veut» était encore d’actualité. En effet, sans l’apport du froid, les bières brassées en automne et qui arrivaient à maturité à la Noël était réputées comme étant les meilleures. Il semble aussi que ces bières étaient l’occasion de vider les greniers pour laisser place à la nouvelle récolte, et donc de faire des brassins plus denses qui allaient pouvoir récompenser les clients fidèles ou les ouvriers méritants.

Apparemment, ces bières ont un regain d’intérêt, surtout si on se fie à la diversité rencontrée; en grande surface ou ailleurs. Mais qu’en est-il de la qualité ? Nous en avons dégusté huit, au profil finalement loin des canons énoncés plus haut, mais pourquoi pas !

Super des Fagnes Noël, 9%, Brasserie des Fagnes , (5/09/99)

Robe foncée, nez très épicé rappelant la coriandre, arômes de torréfaction. Beaucoup d’esters (acetate d’isoamyle) aux arômes de cuberdon, de banane et qui peuvent écoeurer un peu. Bouche onctueuse, forte, un peu trop marquée par l’alcool. Très lisse, sans tannins, elle est aussi peu amère, sa finale est réglissée. Refermentée en bouteilles. (73/100)

La Binchoise Spéciale Noël, Brasserie La Binchoise

Robe beaucoup plus claire; le nez est également épicé, floral. La bouche est plus légère, onctueuse, présentant quelques notes de caramel. Elle est légèrement sucrée, très peu amère, mais un poil tannique. Un peu dans le style d’une blanche, mais plus dense, une blanche de Noël ! Refermentée en bouteilles. (81/100)

Abbaye d’Aulne, Super Noël, 9%, Brasserie Val de Sambre (25/4/09)

Nez peu agréable, soufré, caramel rance, qui semble évoluer vers des notes oxydatives. En bouche, c’est neutre, peu agréable et fort marqué par l’alcool. La mousse est également insuffisante. Défaut probable, bière non notée. Attention, c'est la deuxième bière que je rencontre avec un problème de ce genre, à suivre!

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Abbaye Tongerlo Christmas Blonde, 6,5 %, Brasserie Haacht (L13/01/09)

Une bière de Noël, mais blonde, à peine ambrée. Le nez est beurré mais frais, avec des notes de caramel (diacétyle). Quelques arômes soufrés, mais aussi du fruit (ananas) et des épices (gingembre). La bouche est agréable, peu amère mais équilibrée. Bon, mais loin du style attendu pour une bière de Noël. (80/100)

Bocq Christmas, 8,1%, Brasserie du Bocq, (3/10/09)

Nez à nouveau très épicé sur la coriandre, mais des notes houblonnées apparaissent aussi à l’agitation. Assez complexe, on y retrouve aussi des notes de cerise et de noyau en bouche. Un peu amère, mais avec une sensation sucrée et réglissée, mais pas trop excessive. Sympa, le nez perd de la pureté au réchauffement. (75/100)

St Feuillien, Cuvée de Noël, 9%, Brasserie St Feuillien (5/9/09)

Très épicée (coriandre), mais aussi très fruitée (orange confite, ananas). Le nez évolue vers des arômes rappelant des vendanges tardives (miel, fruits confits). A l’aération les notes de miel et de caramel se font plus insistantes. Palette d’arômes très intéressante. Belle longueur, un peu de sucre résiduel en finale, mais la fraîcheur est conservée. Beau ! (89/100)

Gordon XMas, 8,8%, Anthony Martin (11/09/09)

Pas d’épices, c’est à souligner. Nez de caramel, et de café torréfié. La bouche est agréable sur le sucre candi ; la finale est réglissée et longue. Les sucres sont bien intégrés dans une matière suffisante. Quelques notes soufrées apparaissent à l’évolution et gâchent un peu le plaisir. Un classique. (87/100)

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Bush Spéciale de Noël, 12%, Brasserie Dubuisson , (20/11/09)

Dégustée à l’aveugle, on est toujours surpris pas l’équilibre de cette bière qui titre pourtant 12% d’alcool. A aucun moment celui-ci ne domine la matière et c’est une qualité. La bière est d’ailleurs tout en équilibre, arômes complexes entre épices, malt et caramel. Dommage qu’un début d’oxydation (papier carton) n’entache la dégustation. On aurait aimé un peu plus d’expression aussi, une bière de Noël tout en retenue, malgré son pedigree. A revoir, elle mérite certainement plus. (80/100)

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Avec ce genre de bière de dégustation, un morceau de fromage est toujours le bienvenu. Ce peut-être un bon Cheddar, ou du Stilton, mais j’ai cette fois testé la Fourme d’Ambert. C’est incontestablement avec la Gordon XMas que l’accord est le mieux réussi. Les saveurs se mêlent pour en délivrer de nouvelles dans une parfaite et étonnamment légère onctuosité. Des accords réussis avec la St Feuillien, la Bocq, la Bush et la Super des Fagnes. De la cohabitation avec les autres. Une piste de réussite, il semble que les tannins et un peu de sucres résiduels apprécient la texture du fromage.

Hors concours, il y avait aussi l’exemple type de cette bière brassée pour l’occasion, la « Avec les Bons Vœux » de la brasserie Dupont (qui brasse aussi la Moinette, vous le savez;-), mais la qualité et la demande croissante actuelle est telle qu’il leur faut la brasser dorénavant toute l’année. Cette bière au houblonnage à cru (comme l’Orval) n’est donc plus à classer dans cette catégorie. Dommage, mais peut-être tant mieux pour les autres.

En conclusion, je m’attendais à plus de bières copies de la Gordon XMas, et il n’y en a pas. Toutes ont leur personnalité, beaucoup usant voire abusant d’épices, mais c'est apparemment une tradition. Je suis cependant un peu resté sur ma faim quant à la recherche de plaisir de dégustation pur, une bière de Noël, c'est aussi l'occasion de donner libre cours à son imagination de brasseur. Par contre, la buvabilité des meilleures est à souligner, un choix symptômatique de la tendance actuelle peut-être.

A noter aussi un article sur ces bières dans la Revue des Vins de France (N° 517, Décembre 2007, p 115). 7 bières y sont dégustées, dont la Bush et la St Feuillien qui recueillent comme les autres mentionnées de très belles cotes. Voilà, Joyeux Noël, "avec les bons voeux" de Belgian Beer Lounge!

13/10/2007

BIERES "TRIPLE" (I)

Inauguration d'un cycle de dégustation comparative de bières de même type. En première, petite compétition entre bières "triple" 33cc (on fera les 75 cc après;-). Une série de 6, nombre idéal pour que cet exercice ne se transforme pas en marathon indigeste. Ceux qui font plus sont des prétentieux, des menteurs ou des naïfs, même après 36 bières on goûte toujours quelque chose;-).

Les "Triple", un terme qui remonte suffisament loin que pour en embrouiller la signification. Si je regarde les caractéristiques actuelles, nous avons des bières plutôt blondes, des degrés alcooliques assez élevés (supérieurs à 8), et elles sont refermentées en bouteilles. Deux origines se dégagent. la première, liée au degré d'alcool. qui pourrait correspondre à une "triple" dose de malt au brassage. La deuxième, liée à la fermentation. Nous connaissons le fermentation principale, qui transforme les sucres en alcool, la secondaire qui "dans le temps" était destinée à saturer la bière en CO2, et enfin la troisième fermentation, ou refermentation, qui se fait encore pour certaines bières, en bouteille. La deuxième est la plus souvent évoquée, j'ai lu la première sur le net, mais cela ne me satisfait toujours pas. D'ailleurs j'aurais juste une petite question??? Pourquoi toutes les triples sont-elles blondes, et de vraies blondes? D'un point de vue technique, il est tout aussi aisé de faire une bière forte refermentée en bouteille et brune, alors?

D'autres sources affirment que l'origine est plus récente et que la plus ancienne des trappistes, la Triple Westmalle, aurait engendré une série de "me too", de copies plus ou moins bien inspirées ... à suivre.

Nous avons sélectionné dans un magasin Champion, toutes le bières mentionnant le mot Triple (apparemment incontrôlé) en 33 cc. Ces bières ont été dégustées à l'aveugle dans de grands verres de type INAO. Ils permettent d'avoir une impression sur la mousse, mais rassemblent surtout les arômes comme le font certains verres à bière de dégustation. Or ce sont bien ici des bières de dégustation, de 8 à 11 % d'alcool,ce n'est pas uniquement pour se rafraîchir, c'est aussi pour déguster, pour se laisser transporter par les arômes et les saveurs et pourquoi pas, pour participer à une belle odyssée. Trève de commentaires, place aux commentaires ... de dégustation;-) . Les bières sont dégustées à l'aveugle, mais le casting est connu et les robes visibles. Je mentionne entre parenthèses, le code de péremption, pour la tracabilité.

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1. Chimay Triple, 8% alcool (2010, L07,419)

La robe rappelle presque une "ale" et elle est trouble, une belle robe automnale. Le nez est nettement sur les agrumes, le houblon, le malt et la mie de pain. La première gorgée tapisse le palais, c'est moelleux et doté d'une solide amertume. Celle-ci se prolonge agréablement en finale avec un peu de réglisse, mais beaucoup de fraîcheur. Une très belle bière de dégustation, mais qui peut aussi étancher la soif en raison de sa fraîcheur. (91/100)

2. Grimbergen Triple, 9% alcool (28/11/2008 L1659 11:44)

Robe légèrement dorée et opalescente. Nez sur l'alcool, les céréales, le sucre candi un peu caramélisé et l'abricot. C'est une bière sucrée, très peu amère, assez courte en bouche et dont l'alcool ressort un peu trop. Elle dénote dans la série par une acidité nette et originale qui est la bienvenue pour assumer cette sucrosité. Si la bière est refermentée en bouteilles, je serais curieux de savoir d'ou provient cette sensation sucrée....Pas ma tasse de thé, mais on doit lui reconnaître une originalité certaine, elle peut plaire. (76/100)

3. Karmeliet Triple, 8,1% (02/09/09)

Légèrement opalescente et assez dorée. Nez intéressant de pommes mures qui n'est pas sans rappeller le cidre. Mais il est plus complexe avec ses notes d'agrumes, d'abricot, de gingembre, de cardamome, voire d'eucalyptus. Beaucoup de fruit en bouche, un peu de vanille, très moelleuse, mais elle développe aussi une sensation pâteuse qui peut être écoeurante. Finale moyenne sur les céréales et la réglisse, mais l'alcool domine un peu trop à mon goût. A boire très frais! (74/100)

4. Kasteel Triple, 11% (07/2000)

C'est la bière la moins colorée et la plus brillante, à peine opalescente; même le fond de la bouteille ne semble pas contenir beaucoup de levures. Au premier nez hélas, du beurre rance, un peu de réglisse, mais trop de beurre rance (diacetyle?, infection?). La bière n'est pas dégustable et ne sera pas notée. (-/100)

5. Leffe Triple, 8,50 % (13/4/09 - 022105903)

J'apprécie généralement cette bière, sorte de version un peu plus amère du grand cru d'Hoegaarden. Mais ici, le nez est déviant, sur la vieille confiture de fruits rouges, le végétal composté, le pipi de chat et la sueur. En bouche c'est pire, goût de papier, de carton, la bière est manifestement bien oxydée.... Elle ne peut être notée. (-/100)

6. Westmalle Triple, 9,5% (13/8/09 - 2 04 25 99)

Bon, celle-là, difficile de ne pas la reconnaître à l'aveugle. Plus qu'opalescente, de couleur dorée intense, ses arômes bien connus sont là, pour vous séduire. Houblon, agrumes, fruits jaunes bien mûrs, végétal agréable, et puis c'est le feu d'artifice à la première gorgée. L'amertume maîtrise la puissance de cette bière forte, mais dont l'alcool est tout à fait intégré. La finale est longue, et ne s'arrête qu'à la gorgée suivante... (94/100)

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En conclusion, les deux trappistes sont au sommet qualitatif; elles affichent fièrement leur talent, maîtrise et rigueur brassicoles, sans concession aux modes actuelles. Elles sont l'honneur de nos bières belges. La Grimbergen et la Karmeliet ne sont pas dénuées de qualité, mais un peu trop "tendance" sans doute. Si je comprends qu'elles plaisent, un peu d'équilibre serait le bienvenu. Enfin, la Leffe et la Kasteel étaient nettement déviantes, imbuvables. Souhaitons qu'il ne s'agisse là que d'une exception, je les redégusterai!

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On le voit sur la photo ci-dessus, alors que le fond a été rajouté, juste un petit voile pour la Kasteel Triple (à gauche), alors que la Chimay Triple est très très trouble en raison de la présence du sédiment de levure

03/03/2007

WESTMALLE TRAPPIST TRIPEL (94/100)

Westmalle Trappist Tripel, Alc 9,5 % vol, 33cl, 28/12/2008 (94/100*)

C'est sciemment que j'ai choisi de commencer cette revue des bières belges par la Triple Westmalle! C'est une bière de dégustation, mais qui a su conserver beaucoup de fraîcheur et de digestibilité, grâce à un houblonnage sans concession. J'ai du en boire, avec des amis ou seul, comme apéritif ressourcant après une journée chez Inbev, des hectolitres. Je vous rassure, c'est bien sur 25 ans. Mais je me demande quand même si je n'en ai pas bu, au total, un brassin complet ;-). Enfin, quand on aime on ne compte pas hein!

La bouteille que j'ouvre aujourd'hui est datée du 28/12/2008, non je ne voyage pas dans le temps, c'est la date de péremption. Puisque la bière est achetée récemment, facile d'en déduire que sa période de conservation est de 2 ans et que celle-ci a donc été soutirée (mise en bouteille) le 28/12/2006. Elle a donc seulement 2 mois de bouteille.

Je préfère me servir la bière fraîche et la laisser gentiment se réchauffer dans le verre afin de suivre l'évolution des arômes. Celle-ci sort du frigo à environ 6°C. Dès l'ouverture, rien qu'en versant gentiment la bière dans le verre ad hoc (pas de verre INAO cette fois) afin de créer un beau col de mousse, des arômes puissants de banane bien mûre et d'ananas viennent titiller mes narines. C'est bien de la Westmalle Triple!

La robe est un peu plus dorée que dans mes souvenirs (mais pas autant que sur la photo;-), la mousse se forme magnifiquement, constituée de petites bulles solidement accrochées les unes aux autres.

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La première gorgée laisse percevoir, en plus des arômes fruités, des notes intenses d'agrumes (citron confit, pamplemousse), guidées vers mes neurones olfactifs par une saturation en CO2 millimétrée. La bouche est puissante, savoureuse, avec du corps; un corps relativement moelleux, bien soutenu par une amertume épurée, non contaminée par du sucre résiduel (la plaie que doivent subir beaucoup de bières actuelles). La finale, un peu plus courte qu'attendue, est encore sur cette amertume digne, filant vers le zeste d'orange, l'abricot sec et un peu de réglisse. Les gorgées se succèdent avec plaisir et cernent petit à petit la complexité.

Au réchauffement, des notes un peu plus lourdes de fruits secs, de fleurs séchées et de foin prennent le pas sur le fruité opulent. Il ne faut pas dépasser, à mon avis les 10°, pour la boire, mais c'est tellement bon qu'on ne lui en laisse pas le temps.

Verdict: 94/100, le haut de gamme! Mais comme je suis exigeant, j'aurais aimé un peu plus de longueur, et un peu plus de complexité ou de fraîcheur au réchauffement. Il parait que la recette n'a pas évolué en 50 ans, difficile à vérifier, mais ce qui est sûr, c'est que c'est un vrai patrimoine brassicole à préserver et qu'il ne faut pas la modifier pour moi;-). Juste peut-être quelques touches à ajusterdans le procédé. Mais passons, cette bière est un exemple, et probablement LA référence dans sa catégorie. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle "la mère de toutes les triples"! Pour en savoir plus sur l'abbaye et leurs bières visitez le Site de l'abbaye de Westmalle

Santé!

10:48 Écrit par Laurent dans Belgian Beers | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |